Faut-il standardiser les fibres de carbone ?


En préparation de la conférence annuelle que Composites World consacre aux fibres de carbone, Jeff Sloan, l’éditeur-en-chef, évoque la standardisation des fibres de carbone. Voici un résumé de son éditorial.

Lors de la même conférence, l’an dernier, un responsable des achats chez Boeing avait critiqué la filière des fibres de carbone pour son immaturité, en particulier si on la compare à celles de l’aluminium ou du titane. Il regrettait le fait que les fibres de carbone ne soient pas standardisées, avec pour conséquence que Boeing dépendait d’une seule source – Toray.

Note : les coûts de qualification d’un matériau composite pour un nouveau programme sont tels que les avionneurs rechignent à qualifier plusieurs sources.

Au delà de l’intérêt évident des clients pour la standardisation – moins de risques, baisse probable des coûts – cette démarche ne serait-elle pas aussi à l’avantage des fabricants ?

Pour la filière composite, le programme 777X de Boeing représente le dernier programme aéronautique de grande envergure des 10 à 15 prochaines années. Les opportunités suivantes – le renouvellement des 737 et A320 – n’arriveront pas avant 2030.

En parallèle, l’utilisation croissante des fibres de carbone dans l’industrie automobile commence à segmenter la filière : d’un côté, les fibres à haute résistance et haut module pour l’aéronautique, de l’autre, les fibres de qualité « industrielle », à module et résistance intermédiaires. Cette tendance génère un effort de recherche important pour réduire le coûts des fibres, en agissant sur le choix des précurseurs et sur les procédés de synthèse des fibres.

A partir de ces éléments, il est probable que, d’ici à 2030, les coûts de production des fibres de carbone baissent, les fabricants se multiplient, les délais de qualification des matériaux diminuent, et que les thermoplastiques deviennent une option sérieuse pour les aérostructures.

Si ces hypothèses se vérifient, et que le secteur devient plus compétitif, les fabricants de fibres de carbone ne pourront plus parier sur le fait qu’ils remporteront encore de grands contrats aéronautiques mono-sourcés, comme ils le font aujourd’hui.

Dans de telles circonstances, la standardisation des fibres de carbone est une option à préparer : établissons des standards, décrivant l’ensemble de performances qu’un certain grade de fibre de carbone (aéronautique ou automobile par exemple) doit respecter.

Cette démarche a été bénéfique pour d’autres industries, et elle pourrait s’appliquer aussi aux fibres de carbone… au prix d’une coopération inédite dans cette filière.

 Source : Is it time for carbon fiber manufacturers to cooperate ?, Jeff Sloan, Composites World, 30 octobre 2015.


A propos de Magalie Castaing

Après 10 ans d’ingénierie mécanique dans le secteur de la défense, j’ai créé une entreprise de développement web : Kasutan. Le Journal du composite est l’intersection de mes différents métiers : ingénierie, langues et internet.